Le réseau « Défendez la science » organise une manifestation à Paris pour dénoncer les effets néfastes des politiques de recherche de l'administration Trump. La recherche scientifique aux États-Unis a subi une forte baisse, avec des licenciements massifs et une autocensure croissante parmi les chercheurs. Les experts appellent à une mobilisation collective pour défendre l'intégrité de la science et éduquer le public sur ces enjeux.
PARIS — Le réseau Défendez la science (Stand Up for Science France - SU4S) organise aujourd'hui une manifestation à Paris pour dénoncer les mesures prises par l'administration américaine en matière de recherche depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Lors d'une conférence de presse, SU4S a présenté un état des lieux de la situation de la recherche aux États-Unis, ainsi que des actions potentielles pour lutter contre la désinformation qui « sape la confiance dans la science ».
Une nécessité de mobilisation collective
Kristel Chanard, chercheuse à l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) à l'Institut Physique du Globe de Paris, a souligné l'importance d'une pression collective qui « ne s'improvise pas et se prépare ». Pour elle, la résistance face à ces attaques commence par un respect d'une éthique simple : « ne pas céder à l’obéissance anticipée, ne pas euphémiser les attaques, et préserver les étudiants et collègues menacés ».
Elle a également insisté sur la nécessité de « continuer à dire la vérité sur le monde, avec toute la rigueur scientifique nécessaire ». Selon Chanard, bien que la politique de Trump ait eu un « effet de sidération » sur la science, elle montre aussi que cette stratégie peut être contrecarrée par des réseaux de solidarité capables de se coordonner et de riposter rapidement.
Les chiffres alarmants de la recherche scientifique
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre décembre 2024 et novembre 2025, le nombre de titulaires d'un doctorat travaillant dans les agences fédérales américaines dans les domaines scientifiques (STEM) ou dans le secteur de la santé a chuté de 17 % en moyenne, selon Claire Mathieu, mathématicienne et directrice de recherche au CNRS. Elle a souligné que cette baisse était particulièrement marquée dans certaines agences fédérales, comme la National Science Foundation (NSF), où le nombre de titulaires de doctorat a chuté de 40 %.
Depuis le retour de Trump, les universités américaines et la recherche scientifique subissent une double offensive : une purge idéologique et un étranglement budgétaire. SU4S a averti dans une tribune publiée le 3 mars dans Libération que 7 800 postes de recherche avaient été supprimés aux États-Unis et que 25 000 scientifiques et techniciens avaient été contraints de quitter les agences fédérales, soit un cinquième de l'effectif total.
Initiatives de soutien aux chercheurs
Dans ce contexte difficile, des initiatives sont mises en place pour accueillir des chercheurs américains en France, notamment à travers le programme Choose France for Sciences. Selon le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace, 41 chercheurs ont été accueillis jusqu'à présent.
Nathalie Bajos, sociologue et chercheuse à l'Inserm, a exprimé lors de la conférence de presse que la situation s'était encore détériorée un an et demi après le retour au pouvoir de Trump. Elle a mis en avant les mesures préjudiciables à la recherche en santé publique, qui reposent sur trois piliers : le démantèlement des instances d'expertise, les mesures contre la production scientifique, et la propagation d'un discours anti-science.
Démantèlement des instances d'expertise
Le premier pilier concerne les organisations telles que les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), où du personnel a été licencié et des bases de données ont été effacées. Certaines études ont également été censurées, notamment une enquête récente sur la santé des jeunes abordant les questions de diversité, d'équité et d'inclusion.
En outre, le directeur des Instituts nationaux de la santé (NIH) a été remplacé il y a un an par Jay Bhattacharya, un scientifique de Stanford opposé aux politiques de prévention contre la COVID-19. La tentative de regrouper les 27 divisions du NIH en seulement sept divisions a été bloquée par le Congrès, mais plusieurs responsables de ces divisions ont tout de même été licenciés.
Obstacles à la recherche et à l'innovation
En dépit du rejet par le Congrès de la réduction de 40 % du budget du NIH demandée par Trump, de nombreux financements ont été annulés. Cependant, une partie a été restaurée grâce à des recours juridiques, montrant que l'action en justice peut avoir un impact, même si elle ne permet pas de revenir à la situation antérieure.
Un signe d'amélioration est survenu le 17 mars, lorsque la Maison Blanche a assoupli les restrictions budgétaires sur le NIH, permettant ainsi le financement de subventions de recherche. Cependant, les comités scientifiques des NIH ont été remplacés par des comités ad hoc, soulevant des inquiétudes quant à la transparence et à l'intégrité scientifique.
Conséquences de l'autocensure
Nathalie Bajos a averti que cette situation entraînerait une autocensure parmi les chercheurs, qui modifient leurs propositions de recherche pour éviter certains termes, comme « genre ». Cette tendance pourrait avoir des conséquences durables sur la qualité des recherches futures et sur la production des connaissances scientifiques.
Les décisions de l'administration Trump en matière de science du climat sont également préoccupantes. Des termes comme « crise climatique » et « justice climatique » sont désormais interdits, et leur utilisation peut entraîner des licenciements et des coupes budgétaires.
Mobilisation de la communauté scientifique
Les experts, dont Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement de l'Université Paris-Saclay, soulignent l'importance d'une mobilisation de la communauté scientifique. Les sociétés professionnelles, comme l'American Geophysical Union, soutiennent les scientifiques injustement licenciés et travaillent à préserver les données scientifiques.
Face au risque de perdre une nouvelle génération de scientifiques, il est essentiel d'éduquer le grand public sur les enjeux scientifiques et la désinformation, en développant un esprit critique. La communauté scientifique doit continuer à alerter et à agir pour défendre l'intégrité de la recherche.
Conclusion
La mobilisation d'aujourd'hui à Paris s'inscrit dans un effort plus large pour défendre la science et promouvoir un dialogue basé sur des faits. La communauté scientifique appelle à l'unité et à la solidarité face aux défis posés par les politiques actuelles. Il est crucial de préserver l'intégrité de la recherche et de renforcer les liens entre les scientifiques, les universitaires, les journalistes et la société civile.
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